

LES SUDS, AUJOURD’HUI -
"Dimensions de l’objet swahili : textes et terrains"
Nom du coordinateur : François BART
Résumé : Notre objectif est de proposer une nouvelle approche des recherches sur l’aire swahili aujourd’hui. Cette approche, issue de la confrontation des textes et des terrains, fera émerger l’objet swahili dans ses multiples dimensions en insistant sur la diffusion et l’enracinement continental du phénomène. Cette recherche, dont le socle associe littéraires et géographes repose plus généralement sur des collaborations entre gens du texte (comprenant aussi des linguistes, des spécialistes des sciences de l’information et de la communication) et du terrain.
Il s’agit, d’une part, de proposer un nouveau balisage de cet espace africain à partir d’un objet ancien sujet à d’importantes mutations contemporaines, que des méthodologies originales et nouvelles permettraient de mieux décrire, d’autre part d’apporter une impulsion aux études swahili en France et en Europe, en relation avec nos collègues africains (à travers la fonction d’interface assurée par l’IFRA-Nairobi).
Dans le domaine français, les études swahili ont connu des fortunes diverses, depuis le départ de Pierre Alexandre, leur principal promoteur depuis les années 1960. Peu a été fait dans les dernières décennies en matière de littérature, à l’exception de quelques travaux récents cités dans la bibliographie (Bacuez, Ricard, Garnier) alors qu’il s’agit sans doute du secteur le plus vivant et le plus original du domaine.
En Allemagne, la langue et la littérature sont aujourd’hui enseignées dans huit universités et le colloque des universités allemandes sur le kiswahili, le Swahili Forum de Bayreuth, en sera à sa vingtième édition cette année. Notre recherche se conçoit en collaboration étroite avec l’Université de Bayreuth, avec laquelle nous maintenons une collaboration depuis plusieurs années. Cette activité africaniste est fondée, en Allemagne, sur l’étude du swahili, dans ses multiples dimensions philologiques et anthropologiques. D’une façon plus générale, l’Institut Français de Recherche en Afrique (IFRA-Nairobi) occupe une position stratégique centrale dans ce projet : il est en effet, depuis plusieurs années, porteur de projets de recherche sur l’Afrique orientale, en partenariat avec des organismes scientifiques africains, pilotés tant par des spécialistes des textes (Alain Ricard) que par des spécialistes du terrain (François Bart) et des médias (Annie Lenoble-Bart et A.-J. Tudesq), tous ayant noué des relations avec l’Université de Dar es Salaam (TUKI, Geography Department en particulier).
Les maîtres-mots de la démarche méthodologique sont : transects, observatoires, approche diachronique (dynamiques), marqueurs.
Enfin cette recherche s’inscrit dans le contemporain : le processus d’intégration régionale est-africaine (East African Community) comporte de multiples aspects, qui concernent aussi les Grands lacs (Rwanda, Burundi) et une partie de la République Démocratique du Congo. Peu d’attention est prêtée en France à la dimension linguistique et culturelle de ce mouvement, dont la diffusion du kiswahili est certainement l’un des signes les plus anciens et les plus persistants. Il relie en effet ce processus à la dynamique ancienne du panafricanisme qui a toujours comporté une dimension utopique ; il inscrit cette langue africaine dans la modernité, puisqu’elle est enseignée dans le monde entier et en particulier dans les universités, au Japon, en Allemagne et dans la plupart des pays européens, voire dans les lycées aux Etats-Unis.
Les résultats attendus, produits de campagnes de terrain, d’un séminaire initial (2008) en Afrique, d’un colloque mi-parcours à Bayreuth (printemps 2010) et d’un colloque international de fin de programme à Bordeaux (fin 2011) concernent un bilan de la modernité de l’enjeu swahili par l’intermédiaire d’un ouvrage de synthèse pluridisciplinaire faisant une large place aux dynamiques de diffusion spatiale des textes et des mots.
Terrains / transect géoculturel :
Les notions de rivage, de foyer, voire de couloir, structurent l’espace de l’Afrique de l’Est, et dans le cas swahili nous entraînent jusqu’au Shaba et au fleuve Congo. Nous proposerons des lectures de l’espace sous forme de transect géoculturel. Le quadrillage de cet espace par les voies de chemin de fer, les voies navigables, reprend les anciennes pistes des traitants zanzibarites.
Mais aujourd’hui ces marges sont aussi les lieux d’un grand dynamisme. La lecture spatiale est l’une des clés de l’interprétation. Nous pouvons donc construire des outils d’analyse spatiale qui prennent en compte cette dimension historique pour en interroger la pertinence actuelle.
Nous proposons, au moins dans un premier temps :
un transect nord allant de Mombasa (Kenya) à Kisangani (RDC), via Nairobi, Kampala et Beni. Il correspond à l’un des axes de transit les plus importants aujourd’hui entre la côte et l’intérieur du continent ;
un transect plus méridional, de Zanzibar et Dar es Salaam sur la côte tanzanienne à Lubumbashi (RDC) via Dodoma, Kigoma (le long de la vieille ligne de chemin de fer de construction allemande) et Kalemie ;
un transect nord-sud, celui de la série de lacs du Rift occidental, "passerelle" entre les deux précédents, depuis les confins septentrionaux RDC-Ouganda, jusqu’au Lac Tanganyika.
Chaque transect interrogera la vitalité de l’expression et de la présence swahili à divers points, par exemple les radios et la presse en kiswahili, les cultes ou la musique. Alors qu’il y a deux décennies les genres musico-théâtraux côtiers comme le taarab étaient l’objet de l’attention des chercheurs, on voit aujourd’hui le "bongo flavour", la musique tanzanienne, s’enraciner sur le continent et supplanter la musique zaïroise qui régnait sur la Tanzanie. Il y a là plus qu’une mode et nous essaierons de le montrer, en particulier grâce à l’étude des radios.
